C'est vendredi ! On vous réveille en douceur avec une parenthèse tendre et lucide. Dans un café de province, au lendemain du confinement, les visages se croisent, les confidences s’échangent. Elle observe, elle dessine. Chacun cherche à renouer avec les autres. Une journée ordinaire, extraordinairement humaine, pour bien entamer le week-end.
Pour être tout à fait honnête, je me doutais qu’il devait être dans les parages. J’avais vu l’avis de décès de son père, et c’est le genre d’événements auquel tu ne peux pas couper, que tu vives à l’autre bout du monde ou non. Je vais y être confrontée aussi, dans les prochaines années, puisque mes parents vont bientôt devenir octogénaires, mais je préfère ne pas y penser. Pour l’instant, ils sont en pleine forme. Ils ont beaucoup de projets. Quand je déjeune avec eux, ils me parlent avec volubilité de ce qu’ils vont entreprendre le mois prochain, des voyages qu’ils rêvent encore de faire. Bien sûr, le virus a refroidi leurs ardeurs, mais maintenant qu’ils sont vaccinés, ils recommencent à compulser les catalogues. Leur unique souci, au fond, même s’ils ne le montrent pas, c’est moi. Mon célibat. Pendant longtemps, mon père a essayé de savoir par tous les moyens si je « voyais quelqu’un ». Il insistait bien, homme ou femme, peu lui importait, du moment que j’étais contente. Mon père ne peut pas concevoir qu’on puisse être heureux en étant seul. Il a raison. On ne l’est pas.
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